Marketplaces : un phénomène devenu la norme

Craig Newmark est un militant politique San Franciscain, pionner du e-commerce mondial. En 1995 alors qu’Internet commence à se développer, il se donne la mission d’informer ses amis de la venue des derniers événements artistiques ou technologiques en envoyant des mails groupés. Cette liste hebdomadaire gagne rapidement en popularité à tel point que son auteur reçoit des appels d’inconnus souhaitant recevoir cette Craig’s list (la liste de Craig). Le nombre maximal de destinataire qu’il peut ajouter en CC (copie conforme) est vite atteint. Il lui vient alors cette idée « personnelle et un peu fantasque » de créer Craig’s list, un site de petites annonces et accessoirement la première Marketplace ! 

Mieux connues en France sous le nom de « Places de marché », elles ne sont en réalité que la digitalisation des espaces de vente traditionnels. Elles existent donc entre particuliers, professionnels ou en B2C. 26 ans plus tard, tous les secteurs de marché ont suivi la tendance, si bien qu’aujourd’hui les achats réalisés en ligne représentent plus de la moitié du chiffre d’affaire de l’e-commerce mondial (52% selon le rapport 2018 d’Internet Retailer). D’après le cabinet Forrester, elles représenteront 67% des ventes e-commerce en 2022. 

COMMENT LES PURE PLAYERS REVOLUTIONNENT L’ECHANGE EN LIGNE 

En s’affranchissant des contraintes physiques et horaires, les marketplaces ont révolutionné le secteur de l’échange, toutefois, les conséquences sont lourdes pour les enseignes qui n’ont pas su anticiper. La faillite de Toys’R’Us en mars 2018 en est l’illustration parfaite. Cet ancien leader de la vente de jouet a mal anticipé le virage numérique pris par ses pairs, se retrouvant avec une offre trop restreinte, une communication désuète, un ciblage approximatif et une expérience acheteur sans valeur ajoutée. Toys’R’Us exemplarise l’échec du retail, dont la FEVAD prédisait déjà la fermeture de 6 000 magasins en France en 2015. 

Cette révolution digitale a relégué les grandes enseignes au second rang, derrière les pure players, des acteurs grandissants de l’e-commerce. En s’appuyant d’outils digitaux toujours plus performants, ils s’imposent en ligne et exportent leurs pratiques en évinçant les boutiques physiques. Amazon développe ainsi des supermarchés sans caissier.es tandis que le géant chinois Alibaba a ouvert son « More Mall », un centre commercial hyperconnecté d’une superficie de 40 000 mètres carrés, où les miroirs intelligents vous renvoient une image maquillée au rayon cosmétique, et où l’on peut essayer virtuellement des tenues. 

Ces innovations poussent les enseignes traditionnelles à innover dans une couse toujours plus effrénée à la satisfaction client. Sur ce marché en pleine mutation, Nature et découverte a été contrainte de s’adapter à de nouveaux codes pour se démarquer. L’entreprise a donc lancé sa marketplace dès 2014. Le catalogue de 300 articles jusqu’alors proposé a été allongé par des extensions de gamme et de nouvelles catégories de produits. Pour conserver l’espace physique tout en assurant une disponibilité des nouveaux produits optimale, les magasins ont même été équipés de tablettes numériques avec dispositif de paiement intégré, permettant de faire ses achats en ligne directement depuis la boutique !  

LES MARKETPLACES « DU MONDE D’APRES » 

L’entrée sur le marché semble bouchée par certains leaders, mais l’on assiste pourtant à la naissance de nouveaux acteurs de niche sur des secteurs déjà captés par des enseignes généralistes. Airbnb est l’un des services les plus globaux du marché mais il reste pourtant concurrencé par de nombreux services similaires spécialisés. On recense Misterbnb, qui trouve des logements pour la communauté LGBTQI+, Sportihome qui fait de même pour les sportifs ou encore Fairbnb qui finance des projets locaux. 

Dans une démarche de respect des droits humains, de l’environnement, de la santé ou de soutien des petites entreprises, de nombreux services plus éthiques viennent challenger les géants de l’e-commerce et les consommateurs répondent à l’appel. Aurore Market, l’Intendance ou La Fourche permettent de privilégier une consommation alimentaire juste pour l’agriculteur et saine, l’association Kokopelli propose des semences paysannes, alternative viable à l’exemption des normes industrielles imposées aux jardiniers bio et Back Market donne une seconde vie à des appareils électroniques usagés. 

S’il apparaît alors clair la digitalisation de nos espaces de ventes est mortifère pour les enseignes « à l’ancienne », elle présente de nombreuses externalités positives. Tout d’abord, chaque acteur du commerce est contraint de placer la satisfaction client au cœur de sa production en plaçant l’originalité en tête de ses priorités.  

La vente en ligne permet également la survie de commerces indépendants, les libraires et autres commerces jugés non-essentiels peuvent ainsi maintenir un semblant d’activité salvateur. Enfin les aspirations projetées sur un « Monde d’après », bien qu’encore en berne, infléchissent sur les pratiques commerciales, encourageant la création d’entreprises plus éthiques destinées à des consommateurs soucieux. 

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