Fake News : des informations & désinformateurs

Chez Netino, on connaît bien les Fake News et qu’elles soient publiées en commentaires d’une vidéo, ou en fassent l’objet, elles pullulent en ligne. Avec la pandémie, on les voit clairement se démultiplier. On connaît tous les résultats des travaux de recherche du MIT : sur les réseaux sociaux, une fake news est six fois plus partagée qu’une information vérifiée, mais qui les diffusent, et dans quel but ?

Les réseaux sociaux, alliés de la désinformation

Le MIT, en étudiant la propagation de 126 000 rumeurs infondées le prouve et ce n’est pas une Fake News : en ligne, pour se faire connaître mieux vaut partager une information erronée. Sinan Aral, le co-auteur de l’étude l’affirme : « Les mensonges se diffusent significativement plus loin, plus rapidement, plus en profondeur et de façon plus large que la vérité dans toutes les catégories d’information, avec des effets plus prononcés quand il s’agit de nouvelles erronées sur la politique. » Ainsi une Fake News parviendra à toucher en moyenne 20 000 personnes, trois fois plus rapidement qu’une information vérifiée n’en touchera 10 000. Ces chiffres, bien qu’inquiétants en période de pandémie où la défiance envers les vaccins et les autorités est toujours plus prégnante, s’expliquent assez simplement. Plus spectaculaires, choquantes, ces informations « putaclics » sont pensées pour faire réagir, et s’affranchissent des carcans réducteurs de la « vérité ». Que l’on souhaite clamer l’invalidité grossière de cette nouvelle ou bien que l’on s’en émeuve et y adhère, on finit par interagir avec la publication, et cela plaît à l’algorithme !

Son succès, c’est-à-dire l’objectif à atteindre, est le suivant : « Conserver l’usager le plus longtemps possible pour lui montrer le plus de publicité. » Dans cette course à l’attention, l’algorithme mettra en avant tout contenu susceptible de pousser l’usager à réagir, et des titres comme « Une prime de 5.000 euros octroyée aux hôpitaux par personne décédée du Covid ; la cocaïne tue le coronavirus ; Les vaccins à ARN modifie l’ADN ; comment Bill Gates veut contrôler le monde avec ses vaccins… » sont pensés pour amener au clic. Cela conduit à une hausse perpétuelle des chiffres de la désinformation, un sondage IFOP révèle ainsi que 43 pour cent des personnes souscrivent – en étant « tout à fait d’accord » ou « plutôt d’accord » – à l’idée que « le ministère de la Santé est de mèche avec l’industrie pharmaceutique pour cacher au grand public la réalité sur la nocivité des vaccins ». 65% des français adhèrent au moins à une théorie du complot, toujours selon l’IFOP.

Se jouant toujours de l’algorithme, les complotistes utilisent les formats et codes qui fonctionnent en ligne : memes, face-caméra, revue d’articles et de vidéos, toujours avec humour et bienveillance. En sus, leur contenu est publié selon le format du réseau social. Le quotidien Le Monde comme VECU (une page complotiste), publieront un contenu obéissant à la même charte graphique… Tous ces discours se construisent sur une défiance médiatique de plus en plus prégnante au sein de la société. Cette dernière est mesurée chaque année depuis 1987 par le baromètre de La Croix et selon Kantar, l’institut de sondage sollicité, les médias sont l’institution qui inspire le moins confiance à la population (24% seulement ont confiance dans les médias), juste avant les partis politiques (12%). On y apprend que 41% (+ 8 points en un an) de la population s’intéresse « assez faiblement » 28% ou « très faiblement » (13%) à l’actualité. Le nombre de personne qui délaisse les médias traditionnels au profit des réseaux sociaux augmente également, les « jeunes s’informent à 18 % par la télévision et 75 % par Internet, en privilégiant les réseaux sociaux (40 % des usages sur Internet des moins de 35 ans aux supports numériques de la presse (30 %) ». 

Qui vous ment, et pourquoi ?

Le temps où les sites dits de « ré-information », à la typographie et aux illustrations douteuses, se republiaient les uns les autres, est depuis longtemps révolu. Les diffuseurs sont désormais nombreux, correctement installés sur les réseaux sociaux et semblent se professionnaliser.  Ils ont connus une croissance forte sur Twitter, Facebook et YouTube notamment, mais depuis que les géants du numériques ont commencé à signaler ces contenus, voire à les supprimer, une bascule claire des moyens de diffusion s’opère. Les complotistes, au moment où leur côte de popularité atteignait la crête d’une courbe de Gauss, disparaissent presque totalement des réseaux traditionnels pour alimenter « VK, PARLER » et autres réseaux « parallèle ». Ils se retrouvent sur ces plateformes et la scission entre eux et les moyens d’information traditionnels atteint aujourd’hui son paroxysme. 

L’ancien occupant de la maison blanche nous a donné un bon exemple de l’influence de ces réseaux sociaux. En effet, le président de la première puissance mondiale, a prononcé sur son mandat près de 7 contre-vérités ou mensonges par jour, tous recensés par le Washington Post. Au total il y en aurait eu au moins 4 229. Donald Trump est ainsi proche de la mouvance complotiste QAnon, qui suggère notamment que le monde est dirigé par élites pédo-sataniques et que des enfants seraient kidnappés et dissimulés dans les sous-sols d’une pizzeria (pour faire bref). Mais en dehors de ce cas particulier, de nombreux acteurs trouvent un intérêt à créer de toute pièce de faux faits. 

Les figures les plus connues sont les autoproclamés « chercheurs de vérités », qui se revendiquent souvent comme complotistes et hors-système pour appuyer leurs arguments. Il ont construit une communauté soudée pour laquelle ils font office de guide. Ils mobilisent leurs abonnés en leurs confiant une mission : « dévoiler la vérité », face à des ennemis désignés : Bill Gates ou Emmanuel Macron. Silvano Trotta, un complotiste qui dépassait les 170 000 abonnés sur sa chaîne YouTube avant qu’elle ne soit supprimée, déclare ainsi en fin de sa dernière vidéo de l’année 2020 : « Ne vous inquiétez pas on va y arriver, je vous embrasse tous très, très fort. Merci pour cette année, vous avez été magnifiques ! Vous êtes magnifiques, soyez conscient de ça. Je vous aime, bye, bye et à l’année prochaine. » Il joue alors sur les affects pour souder.

Pour convaincre l’audience, de nombreuses sources officielles sont invoquées, tronquées et des liens fallacieux sont créés. La technique du mille-feuille argumentatif, théorisée par Gerald Bonner, est de surcroît constamment employée : on noie le lecteur sous une quantité d’informations, certaines vérifiées, d’autres complétement inventées, pour simuler un raisonnement logique et camoufler les arrangements avec la réalité. On recours d’autant plus à l’argument d’autorité : les invités, sans qualifications reconnues, sont toujours désigné comme des « experts ». Le pilier confirmatif des théories du complots reste l’auto-validation. Si un contenu est démenti par un média, c’est parce que ce dernier est au service du complot, ce qui prouve bien que le théoricien dit la vérité. Le complot se suffit à lui-même. 

Ces figures semblent convaincues par leur discours et penser dire la vérité. Elles inspirent et nourrissent de nombreux néo-médias : (TV libertés, Vécu, Etienne Chouard, Le Blog du Libre penseur…), qui à leurs tours y adhèrent, les partage et inspirent d’autres individus. Les fausses informations ont également parfois un but politique concret. La Russie par exemple, est souvent accusée d’avoir recours à ces méthodes pour influencer des élections, ou des décisions politiques : en janvier 2017, un rapport conjoint de la CIA, du FBI et de la NSA confirme l’ingérence russe dans l’élection présidentielle de 2016. L’objectif était alors, selon ce document, de miner la confiance des Américains en leur système électoral et de dénigrer Hillary Clinton et ce à l’aide notamment d’un allié de taille… les chatbots. C’est notamment ce que rapporte le média « The Conversation » : « Entre janvier 2015 et août 2017, Facebook a relié 80 000 publications à l’entreprise russe Internet Research Agency, qui possédait plus de 470 comptes différents. Un total de 50 258 comptes Twitter ont parallèlement été reliés à des bots – des faux comptes programmés pour partager les fausses nouvelles – russes pendant la période électorale de 2016. Les bots sont responsables de plus de 3,8 millions de tweets, soit environ 19 % du total des tweets concernant l’élection présidentielle américaine de 2016. Environ 80 % de ces bots étaient en faveur de Donald Trump, utilisant majoritairement les hashtags #donaldtrump, #trump2016, #neverhillary, #trumppence16 et #trump. »

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