Haine en ligne, un nouveau rempart

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Il n’existe pas de monde virtuel. Chaque Tweet publié, le moindre commentaire posté est lu, compris et assimilé par un être humain. Aussi innocent que puisse paraître un message, il ne diffère de la parole que par sa propension à être instantanément partagé par des milliers d’individus anonymes. Quand ce message est injurieux, l’envoi devient vite lourd de conséquences.

Les maux dont souffre aujourd’hui le moyen d’expression le plus utilisé au monde sont aussi réels que répandus. En témoignent les vidéos, photos et textes auxquels vous ou vos enfants ont très probablement déjà été exposés sans même le vouloir. Il est ainsi aussi facile d’imaginer ce que nous pourrions trouver en cherchant réellement que de naïvement réduire l’ampleur et l’impact que peuvent avoir ces contenus.

La loi contre la haine en ligne, votée le Mercredi 13 mai a pourtant suscité une levée de bouclier d’une grande partie des citoyens et de nombreuses associations. Ses détracteurs la perçoivent comme le texte qui viendra sonner le glas de la liberté d’expression sur Internet. Pour nous, c’est l’assurance d’une navigation plus sûre et d’une société en partie libérée de certaines malversations. Elle a ses limites mais cette initiative a le mérite de faire bouger les lignes et face à l’ampleur du problème c’est une nécessité.

Les nombreux termes employés pour la discréditer freinent tous les débats en la réduisant à un mot : liberticide. Les multiples aspects de ce texte sont souvent résumés en quelques phrases et ils n’informent que rarement le lecteur des conséquences réelles qu’il aura sur nos prises de parole virtuelles.

Vous l’aurez compris les grands acteurs du numérique auront vingt-quatre heures pour retirer les contenus manifestement illégaux postés sur leurs plateformes. Cette mesure évidemment salutaire à notre navigation, permettra également à la société de nous protéger de certaines pratiques.

Le cyberharcèlement s’est insidieusement immiscé dans nos vies. Il est dur, arbitraire et prend toute place dans le quotidien des victimes, seules face à des dizaines, centaines voire milliers d’individus anonymes. Avec un élève sur cinq, victime d’une forme d’harcèlement sur internet et 73% des femmes ayant déjà subies des violences en ligne il est important d’agir.

Malheureusement les victimes finissent trop souvent par se taire, contrainte d’abandonner des poursuites compliquées par un système kafkaïen. La loi contre la haine en ligne, aussi discutable soit-elle, s’érige en un rempart face à cette pratique et propose une solution à postériori.

La justice française est aujourd’hui incapable de protéger les citoyens de cette menace et encore moins d’apporter réparation après acte. Porter plainte contre une personne n’est déjà pas chose aisée, alors contre des milliers de pseudonymes, cela revient à s’engager dans une spirale juridique sans fin avide d’énergie, de temps et d’argent.

Le manque de magistrats formés et de moyens budgétaires ont longtemps fait défaut. La loi souhaite y remédier en créant un parquet spécialisé capable de traiter toutes les plaintes. Il devra d’abord identifier les auteurs de propos illégaux. Si le cas est isolé, l’affaire sera déférée au parquet en charge de la région où demeure l’auteur présumé. Si l’acte est groupé, ou considéré comme grave alors il se chargera de l’enquête.

Les injures aux motifs racistes, sexistes ou homophobes comme on a pu le constater hier encore, se créent et se développent là où l’éducation a échouée. Apprendre à vivre avec Internet est devenu un impératif mais des lacunes se font ressentir à tous les niveaux.

Les écoles ne jouent aucun rôle dans cet apprentissage pourtant crucial au bon vivre ensemble et une fracture numérique s’est développée entre élèves et professeurs. Ils ne sont souvent ni formés ni qualifiés pour en parler et n’en ont de toutes façons pas les moyens.

Cette fracture se perçoit également à l’intérieur même des foyers. Les parents ayant évolués loin de ces outils ont été dépassés par une évolution trop rapide et beaucoup ont perdu le fil.

Les générations antérieures ne parviennent pas à enseigner l’usage correct de ces outils à ceux qui les emploient le plus. C’est d’autant plus vrai chez certains adultes déconnectés. Une prise de conscience semble toutefois émerger au fil des années, la loi récemment votée cristallise cette volonté pédagogique.

En effet, dans une autre partie du texte souvent trop peu discutée, l’intégration d’outils formateurs et de « modules de lutte contre la diffusion de message haineux en ligne » est proposée. Les réseaux auront ainsi à expliquer aux usagers ce à quoi ils s’exposent en diffusant des contenus illégaux.   

Ils seront également contraints de définir des règles d’utilisation claires et strictes et dans un souci de transparence, de détailler le processus de modération. Le signalement des contenus sera lui aussi facilité et uniformisé.

La loi octroie une influence grandissante aux plateformes ce qui peut être effrayant mais est en réalité nécessaire. Les publications les plus sensibles que renferme la toile sont d’ores et déjà tenues à distance de nos écrans par des équipes de modérateurs toujours plus nombreuses.

Malheureusement, sans aide des plateformes, elles restent et resteront insuffisantes. Ce peut être dur à accepter mais afin de se protéger au mieux, il est pour l’instant impératif de s’appuyer sur les grands acteurs du numérique. Ils ont évidemment leur rôle de modération à jouer mais ils sont aussi des piliers essentiels de l’apprentissage.

Le réseau social quel qu’il soit aura toujours plus d’impact sur son usager que l’Education Nationale, ou la famille et bien que ces derniers se doivent d’être vecteurs de certaines valeurs il nous faut l’appui des plateformes, maîtresses de leur propre fonctionnement.

La haine putréfie ces outils pleins de belles opportunités. L’immense majorité de la population souhaite rester à l’écart de certains comportements qui défigurent ces vecteurs de lien social et il est aujourd’hui important de prendre des mesures restées trop longtemps insuffisantes.

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